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Le refuge pour les oiseaux et la biodiversitéde Saint-Julien-sur-Garonne |
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Les oiseaux du refuge en janvier et février 2010 |
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Il fait très froid. La glace a recouvert le sol, séparant les oiseaux de bon nombre de leurs sources d'alimentation. Les mésanges qui s'appropriaient communément cette mangeoire à 2 pentes ont dû partager avec des oiseaux d'ordinaires plus effacés. Voici donc des chardonnerets, des pinsons et un rouge-gorge qui passent à table et mangent à leur faim. N'allez pas croire que ce sont quelques photos prises à la volée. Loin de là, je me suis sérieusement s'il n'y avait pas une forme de solidarité entre les oiseaux. Je sais que beaucoup me diront que cela ne se peut pas. Mais alors comment expliquer que plusieurs dizaines d'oiseaux -plus d'une centaine je crois- se partagent 3 mangeoires dans notre cour sans qu'il n'y ait jamais de conflit visible, ni de tentative d'appropriation? Chacun pioche sa graine et cède aussitôt sa place. Même si les moineaux se chamaillent un peu, ils jouent le jeu comme les autres. Mon interprétation est que les oiseaux du refuge savent par expérience depuis l'éclosion qu'ils ne manqueront jamais de rien, en toutes saisons et par tous les temps. N'ayant jamais eu à défendre leur casse-croûte, ils sont dépourvus de sentiments d'appropriation et ne défendent aucune possession. On pourra m'accuser de fausser les règles de la nature. Soit, mais on sait depuis longtemps que toute observation influe sur ce qui est observé. Alors à tout prendre, entre ça et une marée noire telévisée... |
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Il a déjà neigé abondamment deux fois cet hiver, et il a fait un froid polaire. Les petites routes qui desservent étaient couvertes d'une épaisse couche de glace mais, du jour au lendemain nous sommes revenus à des températures plus douces, ce qui se voit immédiatement quand on |
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compare ces trois photos. Sous la mangeoire photographiée plus haut, les petits nettoyeurs s'affairent. Une bande de chardonnerets patrouille dans la gelée du matin sur un sol riche en graines dispersées par les copains d'en haut. Une boule de graisse à peine a moitié mangée leur est même tombée du ciel! C'est une bergeronnette qui l'a trouvée, et qui a commencé le festin toute seule. |
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Aussi, quand les moineaux, chamailleurs mais inséparables, ont flairé la belle aubaine elle les a copieusement arrosés de pépiements très crus avant d'être contrainte à partager. Dans l'après-midi, malgré une évidente différence de taille, une tourterelle faisait bon ménage avec des oiseaux nettement plus petits. |
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Un pic épeiche inspecte méticuleusement les arbres. Il creusera même un trou sous une branche, vous l'apercevez peut-être au travail sur la photo de droite. C'est "mon" deuxième pic, après le pivert. Mais je crois que celui-ci n'est que de passage. Je n'ai pu le photographier que de très loin, mais il me suffit de savoir qu'il est là pour mesurer le chemin parcouru depuis que cet endroit n'était qu'un champ de colza en agriculture intensive. Paradoxalement c'est en hiver, quand la nature est endormie, que l'avancée de la vie se voit vraiment. Notre village a plus que doublé sa population depuis quelques années, uniquement en maisons individuelles. Des jardins à profusion, donc, et cela se voit. J'ai eu la chance de m'être placé en observateur depuis le début de ce phénomène, et de mesurer le chemin parcouru. Tout n'est pas perdu. Il est possible qu'il soit déjà trop tard pour quelques espèces symboliques, celles dont s'occupent les grandes structures écologiques comme la LPO et quelques autres encore. Mais l'espoir reste, presque intact, pour les obscurs et les sans grade (les oiseaux communs et leurs défenseurs). Je ne dis surtout pas que la LPO, dont je suis membre bien sûr, se désintéresse des oiseaux communs mais que le sort de ces oiseaux est lié au quotidien à l'action de chacun de nous. La LPO a mené une enquête de longue haleine sur les moineaux, organise chaque année des opérations de comptage et de surveillance des oiseaux des jardins et son travail est remarquable. Je dis juste que le sort des oiseaux de nos jardins ne dépend que de notre protection, à titre individuel. Les oiseaux ont ceci de remarquable que quand les végétaux et les insectes paraissent absents ou dénués de vie, quand leurs cachettes s'effacent ils savent remplir l'espace et nous rappellent que la vie reviendra. |
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Tout près du refuge se trouve un bâtiment ancien de bonne hauteur, en limite de village et surplombant la Garonne. Et comme par hasard cet édifice abrite une petite colonie de choucas des tours. Je n'en ai pas vu d'autres qu'ici. Comment ces oiseaux trouvent-ils ces endroits propices à leurs villégiatures? Comment trouvent-ils les corridors écologiques nécessaires pour maintenir le contact avec d'autres colonies de leur espèce et éviter le piège de la consanguinité? Sont-ils des naufragés de notre environnement moderne, ou la preuve vivante que tout va bien encore? |
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En tout cas ils sont là, et ça fait du bien. Les choucas des tours sont des corvidés: ils sont cousins des corbeaux, des corneilles, des pies et des geais des chênes. Notez leur plumage noir et gris acier, leur bec pointu et droit, et surtout leurs yeux bleu-gris si transparents qu'on croirait à un trou percé dans leurs têtes. Le regard des choucas est fascinant. Dans ma mémoire d'enfant le pont Valentré, à Cahors tenait la place d'une des quelques merveilles du monde, qui n'étaient plus sept depuis Strabon. Les tours de ce pont me semblent donner tout leur sens au nom de ces oiseaux. |
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L'hiver est cruel et les morsures du froid déchirent les plus faibles. On peut déjeuner sur la terrasse un jour, et voir la neige le lendemain. Qu'importe, je maintiendrai les mangeoires en service jusqu'à ressentir la certitude que tout finira bien. De toutes façons, le rouge-gorge est encore ici, c'est un signe... |
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Et de fait, l'hiver est bien revenu. C'est la troisième fois cette année! 20 centimètres de neige pendant plusieurs jours. La ronde des oiseaux continue autour des mangeoires. J'ai de la peine à comprendre quel pacte unit ces oiseaux. Ils prennent leur tour dans un calme parfait et une |
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discipline remarquable. Ils volent vers une mangeoire, prennent une graine et reviennent la manger sur leur perchoir. Je ne suis pas sûr que les humains en feraient autant dans la même situation. Pourtant l'image me vient des camps de réfugiés du Darfour. Comme mes oiseaux, ces gens sont là et attendent l'aide humanitaire, sans bouger beaucoup pour ne pas gaspiller les calories. Aurions-nous mis les animaux non commestibles et les plus faibles des humains dans un même sac, intitulé "Zéro pouvoir d'achat, zéro valeur ajoutée"? Voici donc quelques uns des oiseaux de la cour, je suis fier de voir qu'ils sont en forme. Ce mois de février aura été bien singulier, avec deux enneigements de plus de 20 cms. entrecoupés de jours si doux que nous déjeunions sur la terrasse. Les oiseaux se dispersent quand les cieux nous sont cléments, et se regroupent aussitôt pour affronter unis les colères de Jupiter. |
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